LA CHAMBRE NOIRE de Jean-Pierre Evrard

   Après le soleil, la lumière c'est dans l'obscurité de la chambre noire que je ressens le plus l'impression de créer, de faire oeuvre d'artisan comme le potier sur son tour ou le lithographe sur sa pierre.

 

Depuis plusieurs années je glane les anciennes boîtes de papiers argentiques qui me sont souvent  généreusement offertes par les convertis aux technologies numériques.

Des papiers dont les noms évoqueront bien des souvenirs aux nostalgiques du labo, les superbes papiers Leonar, Gevarto,  Kodak Bromesko ou Royal, les chlorobromures Agfa Portriga ou Record Rapid et les marques aujourd'hui disparues Lumière, Ferrania, Gevaert, Guilleminot dont les papiers gardent encore leur personnalité malgré un âge avancé.

J'aime ces moments forts durant lesquels j'ai en main une matière dont j'ignore comment elle sera pétrie et à quels ingrédients chimiques ou minéraux faire appel.

 

Il y aura toujours l'incessante recherche mythique de l'oeuvre jamais finie à la poursuite du jamais abouti.   

                                                                            Jean-Pierre Evrard  2013

CHAMBRE NOIRE

 

Après le soleil, la lumière, c'est l'obscurité de la chambre noire qui me donne la plus forte impression de création, de création artisanale, comme un potier avec son tour ou un lithographe avec sa pierre.

Depuis des années, je glane de vieilles boîtes de papiers barytés, souvent offertes par des photographes convertis au numérique.

Des articles dont les noms suscitent une vague de souvenirs chez ceux qui ont la nostalgie de la chambre noire ; les magnifiques Leonar, Kodak Bromesko, Agfa Portriga ou Record Rapid ; fabricants disparus – Lumière, Guilleminot, Gevaert – dont les papiers conservent pleinement leur personnalité malgré leur âge avancé.

J'aime ces moments intenses où j'ai une affaire en main et pourtant ignore comment je vais la façonner et quels ingrédients chimiques ou minéraux je vais mettre en jeu.

Il existera toujours cette quête inlassable et fabuleuse de l'œuvre jamais achevée à la poursuite de ce qui n'est jamais pleinement accompli.

Jean-Pierre Evrard 2013

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(c) Jean-Pierre Evrard / Galerie Rouge Paris

DARKROOM

 

After the sun, the light, it’s the darkroom’s obscurity that gives me the strongest impression of creating, of craftsman-like creation, like a potter with his wheel or a lithographer with his stone.

For years now I have been gleaning old boxes of baryta papers, often given to me by photographers converted to digital technologies.

Papers whose names elicit a flurry of memories in those who feel nostalgia for the darkroom; the magnificent Leonar, Kodak Bromesko, Agfa Portriga or Record Rapid; manufacturers gone out of existence – Lumière, Guilleminot, Gevaert – whose papers fully conserve their personality despite their advanced age.

I love these intense moments when I have in hand a matter and yet ignore how I will fashion it and which chemical or mineral ingredients I will call into play.

There will always exist that tireless, fabled search for the never completed oeuvre in pursuit of the never fully-accomplished.

                                                                                Jean-Pierre Evrard  2013